Profitons du fait qu'il se soit assoupit pour dresser un portrait hâtif de Bill et éclaircir la situation.
Eh bien, Bill est beau. Beau et charismatique comme le plumage d'un corbeau qu'on aurait arrosé de rayons lunaires. Il arborait une crinière ébène qui mettait en valeur sa peau laiteuse et son front pur et blanc.
Ses mains, fines et manucurées étaient couvertes de bagues qui cliquetiquaient au moindre de ses mouvements.
Il avait un nez net bien tracé, qui s'arrêtait de justesse sur une bouche aux lèvres boudeuses. Un piercing à l'arcade lui donnait un côté un rien rebelle , que démentaient ses jolis yeux chocolat tout doux.
On ressentait chez Bill une infinie tristesse. Il la laissait échapper au compte-goutte dans chacun de ses gestes, chacun de ses regards, chacune des paroles. Mais cette perpétuelle mélancolie, loin de l'enlaidir, l'embellissait.
Oui, Bill était beau. Mais pas heureux pour autant.
Bill avait été déposé à l'orphelinat à l'âge de un an avec pour tout bagage une lettre en allemand. Tout petit, il avait révélé un certain talent pour maîtriser les sons. C'était un bébé dodu qui gazouillait gaiement.
Tous les parents qui voulaient adopter c'était un jour arrêté devant Bill. Ils s'extasiaient sur lui et puis, Bill ouvraient les yeux : et les parents s'en allaient tous, fuyant la tristesse qui s'y lisait.
Bill avait toujours été de nature solitaire, ayant toujours l'impression d'être étranger et surtout plus mature que la plupart de ses camarades. Mais il trouvait le réconfort dans la peinture et le chant. Ce son magique jaillissait de sa bouche presque malgré lui. Toutes ces vibrations....c'est vraiment l'idée qu'il se faisait du bonheur. Mais comme on ne peut pas passer sa vie à chanter, Bill redescendait sur terre régulièrement de façon fort désagréable.
Comme cette fois où il était arrivé en retard à l'école avec ceux de l'orphelinat : il s'était engouffré dans la classe, ses cheveux teints en noir tout collés par la pluie. Toutes les têtes s'étaient retournées vers lui. Lentement, les sourires s'étaient étalés, les doigts s'étaient pointés.
Puis, les injures avaient fusés, rapides et brèves comme des jets de pierres :
- La sorcière, la sorcière ouhouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu !
Et les coups pleuvaient, et son c½ur saignait. Bill était en CP et il devait déjà faire face a l'intolérance et la dureté des autre. Ce jour là, il comprit ce qu'un enfant de 6 ans ne devrait jamais comprendre.
Il vit la bêtise, il comprit que , dans une société où tout le monde doit rentrer dans le moule, les rêveurs meurent.
A onze ans, Bill savait parfaitement parler allemand. Il avait lu la lettre et son contenu l'avait profondément déçu. Rien de sentimental. Voyez plutôt :
« Cet enfant se prénomme Bill Lützer. Il est né le premier Septembre de cette année.
Il est d'origine allemande et sa mère est une sale prostituée .»
Ces quelques lignes étaient répétées jusqu'à la fin du document, sans signature. Bill n'était pas aimé, il n'était même pas regretté....mais, au moins, il savait d'où il venait, et cela lui mettait du baume au c½ur.
S'il y avait autre chose que le brun détestait, c'était l'école. Tant les professeurs qui le méprisaient que les élèves qui l'injuriaient copieusement toutes les fois qu'ils le pouvaient.
Le pire était les cours de musique : entendre parler de la musique pendant une heure sans pourvoir fredonner ne serait-ce qu'un refrain ! L'enfer. Mais si Bill détestait l'école, il y excellait. C'est donc sans beaucoup de difficultés qu'il réussi à obtenir une bourse pour le
Hoschule für Musik "Hanns Eisler", le meilleur conservatoire berlinois. Le chanteur avait rencontré sur Internet un jeune allemand du nom du Frank avec qui il allait partager un appartement. Pour la première fois de sa vie, il était enthousiasmé par quelque chose : il espérait que cela continue.
Mais Bill se réveilla, il se frotta les yeux avec les poings, a la manière des petits enfants. Par le hublot, il regarda sa nouvelle vie se rapprocher a grande vitesse : Il était prêt pour l'atterrissage.
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